Début de roman : Perdu dans l’Outback

Roman Perdu dans l'Outback

Avocat à succès, Jan lâche tout pour faire un road trip dans l’Outback australien. Mais son voyage ne se déroule pas comme prévu…

Chapitre 1

Australie, quelque part dans le désert. La chaleur était étouffante. Jan tourna un peu plus le bouton du climatiseur. Cela faisait maintenant plus de quatre heures qu’il roulait, et il n’avait toujours pas trouvé de station essence. La jauge se rapprochait dangereusement du rouge. « Merde ! » , jura-t-il. Il jeta un œil anxieux sur la carte. Le prochain bled était à plus de deux cent kilomètres. Il jura de nouveau.

Jan était de ceux qui ne s’angoissent pas pour rien. Son sang froid était une qualité appréciée dans le cabinet d’avocats d’affaires où il travaillait, mais malheureusement, il jouait trop souvent avec le feu. Comme actuellement. J’aurais dû prendre un ou deux bidons d’essence au cas où, se reprocha t-il. Mais cela ne servait plus à rien de se lamenter. Dans moins de quatre-vingt kilomètres, il allait tomber en panne sèche, il le savait.

Il y a trois semaines, il avait claqué la porte de Maverick and Partners, en prétextant prendre des vacances. Personne n’avait cherché à le retenir. Après la mort de sa femme, ses associés le trouvaient distant, il travaillait énormément pour oublier sa douleur, ne rentrant dans son petit appartement londonien que lorsqu’il avait terminé tous ses dossiers, c’est à dire rarement avant onze heures du soir. Pris d’une impulsion subite, il avait acheté un billet pour le premier vol en direction de l’Australie. A son arrivée à Sydney, il ne s’était pas arrêté. Sitôt la voiture louée, il avait pris la route vers l’intérieur des terres, pour fuir les gens, la vie trépidante qu’il connaissait, et se retrouver avec lui-même. Il accueillait cette nouvelle solitude à bras ouverts, car n’avait pas pris de vacances depuis la mort de Judith, il y a deux ans déjà. Et voilà qu’il roulait dans le désert, sans croiser personne ou presque, la voiture et lui couverts de cette poussière rouge caractéristique de l’Outback. Dans dix jours, je serai de retour à Londres, se dit-il. Cette pensée lui paraissait irréelle, comme si en partant il avait tout laissé de sa vie d’avant. Si ses vacances se prolongeaient trop, Alan Maverick, associé senior et ami, risquait d’apprécier modérément… Il soupira, et jeta de nouveau un coup d’œil inquiet sur la jauge, franchement dans le rouge à présent. Merde !

Il bu quelques gorgées d’eau chaude. Le long de la route, seuls quelques buissons épineux arrivaient à pousser au milieu de l’aridité ambiante. Pas un souffle de vent sous un soleil de plomb. La voiture se mit à toussoter soudainement. Allez, un petit effort ! supplia t-il. La voiture parcourut encore quelques centaines de mètres en cahotant et le moteur finit par s’arrêter complètement. Jan se gara sur le côté de la route en se traitant de tous les noms. Il était onze heures trente-sept du matin, et Jan se n’avait pas idée des heures qui allaient suivre…

***

Londres, au même instant. Alan Maverick était un homme continuellement occupé et aujourd’hui ne faisait pas exception. Il rangea à la hâte quelques affaires dans la grosse serviette en cuir qui ne le quittait jamais. Un coup d’œil sur l’imposante Rolex qu’il portait au poignet, et il quitta précipitamment son bureau. Alan adorait les montres. Il en possédait plusieurs, toutes des Rolex. Alan n’était pas forcément ce que l’on appelle un homme raffiné, mais il avait appris que dans son métier, les signes extérieurs de richesse sont synonymes de compétence, considération, et confiance. Du moins ses clients semblaient sensibles. Alan avait donc adopté tous les codes de la bourgeoisie londonienne. Élevé dans les quartiers pauvres de la capitale, fils d’une aide soignante et d’un conducteur de bus, il avait eu honte de ses origines sociales lorsqu’il avait été admis dans la prestigieuse université de Cambridge. Un prolétaire au milieu des riches. Il avait travaillé dur pour payer ses études, ne sortant jamais, étudiant avec acharnement. Et ses efforts avaient payé. Son examen d’avocat brillamment passé, il avait obtenu son premier emploi dans une des plus grosses firmes de Londres. Et tout était allé très vite, les premiers procès gagnés avec brio, l’argent, une renommée grandissante… Les filles, il en avait connu des paquets au fil des ans. L’argent n’était pas étranger à ce succès auprès de la gente féminine. Alan n’était pas beau. Un grand nez qui donnait à son visage un air sévère, des yeux perçants cernés en permanence de poches grises, un début d’embonpoint… Pourtant, il se dégageait de lui une aura de bienveillance. Ceux qui le connaissaient bien savait que c’était un leurre, Alan pouvait être redoutable, surtout en affaires. Les jeunes avocats qui avaient le malheur de se retrouver face à lui au tribunal ne tenaient pas longtemps sous ses réparties cinglantes, ses arguments implacables, et ses talents d’orateur. Avec ses amis, Alan se radoucissait, ses yeux se mettaient alors à pétiller, et il était apprécié pour son humour et les anecdotes innombrables qu’il rapportait. Mais depuis quelques jours, Alan était fatigué. Certainement la lassitude des années passées à travailler sans relâche, les nuits sans sommeil, et les premiers signes de vieillesse d’un corps malmené. La retraite est encore loin, soupira-t-il. Encore dix ans et je me barre ! Et ce veinard de Jan en Australie… Une amitié profonde liait les deux hommes. Alan appréciait les nombreuses qualités de Jan, son inventivité, sa grande intelligence, son sang-froid en toute circonstance… Mais depuis quelques années, plus exactement après la mort de Judith, Alan avait vu son ami s’enfoncer dans une dépression jamais avouée. Et cela lui serrait le cœur. Judith était tout pour lui, pensa t-il.

Plongé dans ses pensées, Alan ne réalisa qu’il était arrivé au tribunal que lorsque l’agent de sécurité à l’entrée lui demanda d’ouvrir sa serviette et de passer le détecteur de métaux. Encore un nouveau. En effet, les autres agents, habitués de longue date à le voir franchir quotidiennement les portes du tribunal, ne prenaient plus la peine de scanner ses affaires. Il sourit, cela lui faisait du bien pour une fois d’être considéré comme un avocat parmi les autres. La célébrité avait son poids. […]

Posted Under

Des réactions ? Vous pouvez laisser un commentaire ici :